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mercredi 25 février 2015

CHICAGO/ THE BLUES YESTERDAY Vol. 13




CHICAGO/ The Blues Yesterday
Volume 13

          
Pour ce 13 ème volume de cette très populaire série, attardons nous sur la période charnière qui, des dernières années 1930 aux dernières années 1940, a vu l'émergence d'un nouveau Chicago blues urbain.
           John Henry Barbee, né William George Tucker le 14 novembre 1905, à Henning (Tennessee) a appris très jeune à jouer de la guitare, côtoyant Sleepy John Estes, John Lee "Sonny Boy" Williamson et Big Joe Williams avec lequel il a tourné un peu partout autour de Memphis. En 1937, à la suite d'une rixe l'opposant à un Blanc sur lequel il fait feu, William Tucker s'enfuit à
 
photo courtesy Moody Jones (from Chicago breakdown)
Chicago et prend le nom de John Henry Barbee afin de dissimuler son identité. Il enregistre quatre excellents titres en 1938 lors d'une audition pour Vocalion mais, méfiant et afin de ne pas attirer l'attention sur lui, refuse de retourner en studio. Bien qu'il vive de divers métiers hors de la musique, Barbee est une figure familière du marché aux puces de Maxwell Street dans les années 1940 et 50, faisant notamment partie de l'orchestre de Moody et Floyd Jones. C'est Willie Dixon qui le retrouve au début des 60's, l'introduit dans les clubs folk et le fait participer à l'American Folk Blues Festival 1964 au cours duquel il enregistre un excellent album tout acoustique et en solo pour Storyville. Hélas, sa santé chancelante le force à interrompre la tournée et à rentrer aux Etats Unis. Atteint d'un cancer, il est en outre responsable d'un accident fatal de la route et meurt en prison le 9 novembre 1964.

           On ne sait pas grand' chose de Elijah C. Jones, un chanteur et guitariste amené dans les studios en 1938 par Yank Rachell et qui grave alors une excellente séance. Jones refait brièvement surface en 1949, enregistrant une nouvelle séance (restée alors inédite) sous le nom de Kid Slim.
           Johnny Young (né le 1er janvier 1918 à Vicksburg) est par contre bien connu des amateurs de blues, autant en tant qu'un des rares mandolinistes du genre que comme un des pionniers du nouveau Chicago blues de l'après-guerre. Figure familière de Maxwell Street, Johnny a enregistré une poignée de titres à la fin des années 1940 que nous avons regroupés ici mais n'a retrouvé le chemin des studios que dans les années 1960 grâce à Pete Welding qui l'a alors abondamment enregistré. Après sa superbe participation à la série de LP's Chicago/ The blues today de Samuel Charters, Young n'a cessé de tourner aux Etats Unis et en Europe et d'enregistrer plusieurs excellents albums. Il faisait partie du blues band de Bob Riedy quand il est décédé le 18 avril 1974 à Chicago.
                                                                 Gérard HERZHAFT

           For this 13th volume of our ever popular "Chicago./The Blues Yesterday" series, let's go back to the crucial years that between the late 1930's and the late 1940's saw major changes in the Chicago blues.
           John Henry Barbee, born William George Tucker on 14th November 1905 at Henning (Tn) learned to play guitar at a very early age and played for tips a little bit everywhere around Memphis, meeting Sleepy John Estes, John Lee "Sonny Boy" Williamson and Big Joe Williams with whom he toured the South for awhile. After a brawl (c. 1937) in which William George shot a white man, he fled to Chicago and took the name of John Henry Barbee to avoid any criminal search. He recorded four wonderful tracks for Vocalion in 1938 and was for a long time a familiar musician of the famous Maxwell Street Market, appearing very often with Moody and Floyd Jones. He was largely living outside music when Willie Dixon rediscovered him in 1963, persuading him to play again in folk clubs as an acoustic solo bluesman. Barbee was part of the American Folk Blues Festival 1964, recorded an excellent album for the Danish Storyville label but after a couple of stage appearances, Barbee felt very ill, was diagnosed with a severe cancer and flew back to the USA. He was quickly involved in a fatal car accident and was jailed in Chicago where he died on 9th November 1964.
           We don't know anything about singer and guitarist Elijah C. Jones who was brought to the studios in 1938 by Yank Rachell, recording some titles and resurfacing in 1949 for another (at that time unissued) session where he was billed as Kid Slim.
           Johnny Young (1st January 1918 in Vicksburg (Ms)) is of course well known by all the blues buffs around the world as one of the very few Post War blues mandolin player and as a true pioneer of the new Chicago blues. Young was also a familiar musician on the Maxwell Street Market and waxed a couple of sides for tiny labels in 1947-48. Unfortunately, he would have to wait until the 1960's to record again but this time quite extensively thanks to Pete Welding who brought him very often in the studios. After his remarkable contribution to Sam Charters' The blues/Today series, Young became a favorite of festivals and tours in the USA and Europe, recording many first rate LP's, particularly the two for Arhoolie. He was a staunch member of pianist Bob Riedy's excellent band when he died from a heart attack in Chicago, 18 April 1974.
                                                      Gérard HERZHAFT

Un des meilleurs livres sur les changements du Chicago Blues/ One of the very best book on the early Chicago blues


CHICAGO/ The Blues Yesterday
Volume 13
JOHN HENRY BARBEE (William George Tucker), vcl/g. Willie Bee James, g; sbs. Chicago, Ill. 8 septembre 1938
01. Six weeks old blues n°1
02. Six weeks old blues n°2
03. God knows I can't help it
04. You'll work down to me someday
05. Against my will
John Henry Barbee, vcl/g. Chicago, Ill. 12 mai 1963
06. I know she didn't love me
John Henry Barbee, vcl/g. Chicago, Ill. juillet 1963
07. Baby I need your love (That ain't it)
08. Gonna lose your mind (Tell me baby)
John Henry Barbee, vcl/g. Homesick James, g; Washboard Sam, wbd; Willie Dixon, perc. Chicago, Ill. 26 mars 1964
09. Early in the morning
10. No pickin' no pullin'
11. Six weeks old blues
ELIJAH C. JONES, vcl/g;Yank Rachell, mdln; John Lee "Sonny Boy" Williamson, hca. Aurora, Ill. 13 mars 1938
12. Katy Fly
13. Big boat
14. Only boy child
15. Lonesome mama
16. Mean actin' mama
17. Stuff stomp
Elijah C. Jones (as Kid Slim), vcl/g. Chicago, Ill. 1949
18. Shake'em on down
19. Sad home blues
20. TNT blues
21. Race horse blues
JOHNNY YOUNG, vcl/mdln; Johnny Williams, g/vcls. Chicago, Ill. 1947
22. Money taking woman n°1
23. Money taking woman n°2
Johnny Young, vcl/mdln; Snooky Pryor, hca; Johnny Williams, g. Chicago, Ill. décembre 1948
24. My baby walked out on me
25. Let me ride your mule


samedi 7 février 2015

SWAMP BLUES/ Volume 3




SWAMP BLUES/ Volume 3



           Si ce sont bien J.D. Miller et son épouse Georgia Sonnier (c'est elle qui a eu l'idée d'adjoindre un harmonica aux blues que projetait d'enregistrer son mari en 1954) qui ont été à l'origine de ce qu'on appelle "Swamp blues", le succès de Lightnin' Slim ou Slim Harpo et leur présence dans les juke-boxes des bars des quartiers noirs de Louisiane et du Texas ont poussé d'autres producteurs louisianais comme Eddie Shuler, Carol Rachou, Floyd Soileau, Lee Lavergne voire Don Robey à Houston à enregistrer des blues sur le modèle des Swamp blues mis au point par Miller.
           Dans ce troisième volume, nous présentons trois artistes d'importance qui n'ont pas (ou très peu) fréquenté les studios de Crowley (ceux de Miller) mais qui ont émargé au moins en partie à ce courant musical tout en gagnant moins de notoriété auprès du public international que les artistes mieux distribués par Excello.

           C'est tout à fait le cas de Raful Neal (6 juin 1936 à Baton Rouge (La) - † 1 septembre 2004 à Baton Rouge (La), une figure importante du blues louisianais, excellent harmoniciste, chanteur puissant, compositeur talentueux qui a longtemps été surtout connu pour avoir eu un tout jeune Buddy Guy dans son orchestre. Raful a écumé les clubs et les bars de la Louisiane et du Texas et a fait ses débuts discographiques à Houston sur le label Peacock en 1958, avant de graver une poignée de remarquables 45t pour Whit, un minuscule label fondé par Lionel Whitfield (et surtout connu pour avoir fait débuter Bobby Powell). Son Blues on the moon, très percutant, demeure un petit classique du Swamp blues. Mais il faudra attendre 1987 pour que cet artiste authentique et profond puisse enregistrer plusieurs excellents albums pour King Snake ou Telarc. L'influence de Raful Neal se fait toujours sentir aujourd'hui sur ses fils musiciens dont bien sûr le plus connu est l'excellent Kenny Neal.
           Drifting Charles (Charles Tyler) (31 août 1936 - † 23 janvier 2009), originaire de Opelousas, était semble-t-il plus que réticent à enregistrer un downhome blues comme Drifting blues, gravé à Crowley mais pour le label Lanor de Lee Lavergne. Et c'est dans un style nettement plus "moderne", s'ouvrant vers la Soul qu'il a encore signé deux autres 45t que nous proposons ici.
           Ashton Savoy (né en 1928 à Sunset près d'Opelousas) était un chanteur et guitariste très traditionnel, francophone de naissance, fortement influencé par Crippled Bob, un important bluesman local malheureusement jamais enregistré. Etant venu travailler à Lake Charles, Ashton y a naturellement enregistré pour le label Goldband de Eddie Shuler, entre vrai Swamp blues, Texas blues moderne et Zydeco (Savoy a été le guitariste du groupe Zydeco de L.C. Donnato). Avec notamment la présence de la superbe pianiste Katie Webster qui faisait là ses tout débuts. Savoy s'est installé à Houston dans les années 1960, abandonnant plus ou moins la musique sur un plan professionnel. Il est décédé le 15 mai 2009 à Lake Charles.
                                                                 Gérard HERZHAFT

           If it is undoubtedly J.D. Miller and his wife Georgia Sonnier who shaped the so-called Swamp blues, appreciated wide world over today, the unexpected success of Lightnin' Slim and Slim Harpo, prompted others Louisiana producers to also record within this basic blues style: Eddie Shuler, Carol Rachou, Floyd Soileau, Lee Lavergne and even Houston's Don Robey!
           In this third opus are featured three bluesmen who didn't record for Miller but who nevertheless recorded their kind of Swamp blues. But their record labels having not the better distribution of Excello, they didn't really sell outside very local record shops.
           This is unfortunately the case of Raful Neal (born 6 June 1936 in Baton Rouge - † 1st September 2004 in Baton Rouge), an important Louisiana bluesman. An harmonica master, a powerful singer and a shrewd composer, Raful was for a long time mainly known for having nested a young Buddy Guy in his blues band which was crisscrossing Louisiana and Texas clubs and juke joints. Raful had to go to Houston to make his recording debuts for Don Robey's Peacock label in 1958 before waxing a handful of first rate blues 45's like his harmonica classic Blues on the moon, for very small labels like Lionel Whitfield's Whit. Raful will have to wait until 1987 to record at last some excellent albums for King Snake and Telarc in which he is frequently backed by his musicians' sons, namely the most famous and excellent Kenny Neal.
           Drifting Charles (Charles Tyler) (31 August 1936 - † 23 January 2009), from Opelousas, was very reluctant to record a downhome blues like Drifting blues in 1963 for Lee Lavergne's Lanor label. And his subsequent records were logically more in a R&B/Soul vein.
           Ashton Savoy (born in 1928 at Opelousas) was a downhome singer and guitarist of French Cajun origins, who learned guitar and fiddle with his father and Crippled Bob, a local unrecorded bluesman. Coming to Lake Charles for work, Ashton auditioned for Golband's Eddie Shuler and waxed some excellent downhome tracks that featured the piano debuts of Katie Webster. Ashton was also influenced by modern Texas guitarists as well as Zydeco (he would play in several Zydeco bands like L.C. Donnato's) and that also shows on his records. Ashton would settle in Houston in the 1960's, mostly giving up music for a living. He died in Lake Charles on May, 15th 2009.
                                                      Gérard HERZHAFT


SWAMP BLUES
Volume 3
Raful Neal, vcl/hca; Lester Foster, g; band.  Houston, Tx. mai 1958
01. Sunny side of love
Crying hard
(Now on my YouTube channel/ thanks a lot to Steve Wisner for sharing)
Raful Neal, vcl/hca; band. Lafayette, La. janvier 1969
02. Change my way of living
03. Getting late in the evening
Raful Neal, vcl/hca; Rudolph Richard, g; Roy Lee Shepherd, g; James Johnson, bs; Murdoch Stillwood, dms. Baton Rouge, La. décembre 1969
04. Blues on the moon
05. Let's work together
Raful Neal, vcl/hca; Rudolph Richard, g; Lionel Torrence, t-sax; Arnold Ray Neal, bs; Murdoch Stillwood, dms. Baton Rouge, La. juin 1970
06. You don't love me no more
07. It's been so long
Drifting Charles (Charles Tyler), vcl/g: Al Foreman, g; Rufus Thibodeaux, bs; Austin Broussard, dms. Crowley, La. mai 1963
08. Drifting cloud
09. Evil hearted man
Drifting Charles, vcl/g; band. Crowley, La. février 1964
10. Let's stick together
11. Ease the pain
Drifting Charles, vcl/g; band. New Orleans, La. mai 1964
12. Lonely lonely nights
13. When it rains it really pours
14. My life is a lonely one
Ashton Savoy, vcl/g; Danny George, t-sax; Katie Webster, pno; Sherman Webster, bs; Lightnin' Mitchell, dms. Lake Charles, La. 1958
15. Juke Joint
16. Denga Denga
Ashton Savoy, vcl/g; Katie Webster, vcl/pno; Little Brother Griffin, dms. Crowley, La. décembre 1959
17. Baby baby
18. No bread no meat
19. I want you to love me
Ashton Savoy, vcl/g; Lazy Lester, hca; Danny George, t-sax; Katie Webster, pno; Sherman Webster, bs; Lightnin' Mitchell, dms. Lake Charles, La. 4 juillet 1959
20. Need shorter hours
21. Want to talk to you baby
22. Tell me baby
23. Rooster Strut
Ashton Savoy, vcl/g; band. Lake Charles, La. 1960
24. I wants you


lundi 26 janvier 2015

HOWLIN' WOLF The complete Studio Recordings

HOWLIN' WOLF/ The complete Studio Recordings


Inutile de présenter Chester Burnett, le plus célèbre Howlin' Wolf du blues. Nous proposons ici la totalité de ses enregistrements réalisés en studio. Ne figurent cependant pas les albums enregistrés par le Wolf en tant que tels ni ceux enregistrés en concert dont seuls trois d'ailleurs (Copacabana, AFBF 1964 et Alice's Revisited) ne sont pas des "bootlegs"...
Pour connaître mieux ce géant de la musique populaire américaine, nous ne pouvons que recommander la remarquable biographie (en anglais)
ainsi que le long article que j'ai écrit dans Soul Bag n°205


Everybody knows of course Chester Burnett aka Howlin' Wolf, a true giant of the blues and the American music altogether. We have gathered here all his studio recordings. The four albums he has recorded as such are not included, neither his three live non-bootleg sessions (Cpacabana, AFBF 1964 and Alice's Revisited).
If you want to know more about the Wolf, there is a remarkable biogrpahy (in english)
as well as a lengthy article I wrote (in French) in the Soul Bag Magazine n°205

jeudi 1 janvier 2015

LOUISIANA RED/ Complete Early Recordings




LOUISIANA RED/ Complete Early recordings

          
Commençons donc immédiatement l'année avec l'intégrale des premiers enregistrements effectués par Iverson Minter dit Louisiana Red.
           Comme nombre de ses contemporains bluesmen, Red était un grand raconteur d'histoires et sa vie qu'il relatait reflétait davantage ce que voulaient entendre ceux qui l'interrogeaient que la réalité. Il est probablement né le 23 mars 1932 à Bessemer (Alabama) bien qu'il ait indiqué plusieurs autres lieux comme Vicksburg (Ms). Il a sans doute été orphelin assez jeune bien que là aussi les circonstances des décès de ses parents sont confuses. Minter a prétendu avoir été élevé à La Nouvelle Orléans dans le même orphelinat que Louis Armstrong mais ce qui est sûr c'est qu'il a grandi auprès de ses grands parents à Pittsburgh (Ohio) et qu'il n'a probablement jamais vécu en Louisiane. Encore adolescent, Iverson Minter part chercher du travail dans l'industrie automobile à Detroit, apprend la guitare avec les disques de Lightnin' Hopkins et Muddy Waters et se retrouve jouer ici et là dans des clubs en compagnie de John Lee Hooker et Eddie Burns qui lui apprend aussi l'harmonica. C'est l'infatigable producteur Joe Von Battle qui en 1952-53 l'enregistre sous le surnom de Rocky Fuller qu'il lui donne pour la circonstance, trouvant Iverson Minter invendable! Ces enregistrements démontrent le côté caméléon de Minter qu'il conservera toujours, cette capacité à imiter de façon convaincante un peu tous les musiciens qu'il côtoie. Il grave même un titre, peut-être à Chicago (il prétendait l'avoir fait par téléphone!!!), pour Chess accompagné de Little Walter.
           Encore une séance avec son mentor John Lee Hooker et notre homme part tenter sa chance à New York City. Il est vite remarqué par le producteur Bobby Robinson qui lui fait graver un single pour son label Atlas. C'est à ce moment seulement que Iverson Minter/Rocky Fuller prend le nom de Louisiana Red, là aussi probablement une idée du producteur Robinson. Mais son heure de gloire va arriver en octobre 1962 grâce à un autre grand producteur noir, Henry Glover, un des hommes-clés du label King, qui, cherchant de nouveaux talents à New York pour le compte de Morris Levy, un homme d'affaires qui vient de créer Roulette, un label aux dents longues, rencontre Louisiana Red dans un club et lui fait enregistrer dans la foulée Red's dream, une resucée du I had a dream de Big Bill Broonzy mais remise au goût du jour avec des allusions à la crise des missiles, Kennedy, Cuba et un zeste de droits civiques. Le titre s'installe dans le Top 100 R&B durant plusieurs semaines en 1963.
           Après sa rencontre en 1965 avec Herb Abramson d'Atlantic qui a une évidente affection pour lui, Louisiana Red est souvent en studio avec différents accompagnateurs newyorkais pour des séances plus ou moins informelles dont seulement une petite partie paraîtra en album au début des années 1970. Remarquablement servi par ses sidemen, avec d'excellents arrangements, Louisiana Red y apparaît au sommet de son art: chanteur profond, guitariste de blues multiforme avec un slide tranchant (au style de Muddy, Red a ajouté celui d'Elmore James qu'il a rencontré chez Bobby Robinson), compositions élaborées qui font souvent mouche...
           Mais cela n'apporte pas grand' chose à Red qui, presque sans engagements américains, décide de partir tenter sa chance en Europe où il finira par se fixer définitivement en Allemagne, se mariant et tournant sans cesse sur le continent européen. Il enregistrera quantité d'albums, souvent en solo, parfois avec des groupes locaux. Sa créativité semblera quelque peu émoussée au fil des ans et ses prestations scéniques qui pouvaient être remarquables un bon jour laissaient malheureusement assez souvent une impression d'inachevé. On le vit même quitter abruptement la scène pour... ne pas rater une émission de télévision à son hôtel!
           Red décède à Hanovre le 26 février 2012.
           Merci à tous ceux qui ont rendu possible cette "intégrale" de la première (et meilleure) œuvre de Louisiana Red
                                                      Gérard HERZHAFT


              Let's start 2015 with the complete early recordings of Iverson Minter aka Louisiana Red.
              Like many true bluesmen, Red was a great storyteller and his early life as he told to his interviewers was not always the same and reflected first what they wanted to hear. Minter was probably born in Bessemer (Alabama) on March, 23d, 1932 (and not Vicksburg, Ms as he so often said) and he lost his parents at an early age. He also said he was boarded in a New Orleans orphanage but it's more probable that he was brought up by his grand parents in Pittsburgh (Ohio). Whatever, Minter went to seek work around 1949 in the automobile industry in Detroit, learning there how to play the guitar (listening to records by Lightnin' Hopkins and Muddy Waters), started to play in the early 1950's in local clubs and meeting John Lee Hooker (with whom he will record) and Eddie Burns who taught him the harmonica. Anyway, Minter started to record in 1952-53 thanks to the indefatigable Detroit producer Joe Von Battle and under the name, Rocky Fuller (given by Joe who thought he couldn't sell Iverson Minter). Those very early records show Minter's ability (he will always keep) to impersonate any other bluesman's style. In odd and unclear circumstances, Red also recorded one title for Chess backed by no one other than Little Walter!
              During the late 1950's, our man went to New York City to try his luck and meeting producer Bobby Robinson waxed a single for his Atlas label. Bobby gave him then a new nom de disque that would stick: Louisiana Red. But better things will appear for Red in fall 1962 when another African American ace producer, Henry Glover, searching talents for a new ambitious label, Morris Levy's Roulette, saw Red in a New York club and hurried him in the studios, backed only by bass and drums (the superlative Panama Francis), to record a long session from which Red's dream (a very clever adaptation of Broonzy's I had a dream with references to Kennedy, Khrushchev, Castro, the UN and the Civic Rights) climbed in the R&B charts and stayed there for some weeks in the early 1963.
              Then, Red met Atlantic's producer Herb Abramson who seemed to like him very much and recorded him quite regularly. But unfortunately only some tracks were issued as an album in the early 1970's. Those sessions stand probably as the very best of Red's recordings. He is at the peak of his talents, a strong and flexible voice, a wonderful guitarist able to play regular or slide guitar (he had met Elmore James in New York thanks to Bobby Robinson), backed by some of the best New York session blues players, varied and carefully chosen material, excellently produced... Certainly some of the best blues coming from those years.
              But those didn't bring too much to Red who decided to try his luck this time in Europe where he was cheerfully welcomed. Although he would live for a while in Phoenix (Az), his hectic European tour schedule and the meeting of his wife in Germany, persuaded him to settle there permanently. He will then constantly appear on stages, clubs, festivals, recording dozens of LPs and CDs... Although he was sometimes great, his performances tended to become often tedious and he seemed sometimes not involved. We even saw him stop abruptly his show and quit the stage to hurry to his hotel to watch a TV programme he wouldn't want to miss!
              Red died in Hanover (Germany) on 26 February 2012.
              A lot of thanks to all those who made possible this "complete" compilation.
                                                                                 Gérard HERZHAFT

lundi 15 décembre 2014

HONEYBOY EDWARDS/ Early Recordings


HONEYBOY EDWARDS/ Early Recordings


 Honeyboy Edwards a été un acteur important de l'histoire de la migration du blues du Delta vers Chicago. Né à Shaw (Ms) le 28 juin 1915 au coeur du Delta, David Edwards a longuement voyagé avec Robert Johnson et Big Joe Williams, Forgeant son propre style au contact de ces deux compères ainsi que d'autres dont il a croisé la route un moment, tels Charlie Patton, Son House, Tommy Mc Clennan, Tommy Johnson, Robert Petway et bien sûr son voisin Muddy Waters. Guidés par John Work, les Lomax découvrent Edwards en 1942 sur la plantation Stovall où il est manoeuvre agricole et l'enregistrent à Clarksdale. Cette superbe série de titres non commerciaux enregistrés pour la Bibliothèque du Congrès révèlent en Edwards un des plus doués de ces bluesmen du Delta de ces années 1940, avec un jeu de guitare en fingerpicking fluide, imaginatif et substantiellement moderne.
        
Honeyboy Edwards. Clarksdale 1942
   
Comme Muddy Waters, Honeyboy aurait dû émigrer vers Chicago mais il préfère traîner au Texas, le temps de graver un beau Build myself a cave pour un obscur label local. Il remonte à Memphis où il enregistre pour Sam Phillips une des plus belles versions de Sweet home Chicago qui restera inédite pendant deux décennies et qui sera même un temps attribué au pianiste Albert Williams! Mais Edwards est aussi à Chicago, attire l'attention des frères Chess qui le font enregistrer quelques grands titres (Drop down mama) mais décident de ne pas les exploiter pour ne pas concurrencer Muddy Waters! Il reste encore au moins trois titres inédits dans les archives de Chess si celles-ci existent encore quelque part!
            Par la suite, Honeyboy fait partie des premiers Aces avec Fred Below et les frères Myers mais les quitte juste avant qu'ils n'enregistrent. Il est du premier Blues Revival mais la plupart des séances que produit à l'époque Pete Welding resteront aussi inédites. La malchance frappe encore lorsque Honeyboy est en 1969 dans les studios Chess avec Fleetwood Mac et que les deux titres qu'il enregistre alors ne sont pas retenus sur l'album original!
            Heureusement, Honeyboy, grâce à sa longévité, finira par enregistrer plusieurs albums la plupart du temps en solo, apparaître dans les grands festivals, faire des tournées internationales, un des derniers témoins du passage du blues du Delta à celui de Chicago.
            Il décède le 22 août 2011 à Chicago après avoir publié en 1997 sa superbe autobiographie (The world don't owe me nothing) que nous recommandons chaudement.
Autobiography

                                     Gérard HERZHAFT

            Born in Shaw (Ms) on June 28th, 1915, David "Honeyboy" Edwards has known and played with most of his local contemporaries, Robert Johnson, Big Joe Williams, Tommy Mc Clennan, Robert Petway and of course his neighbour Muddy Waters. He also learned from Charlie Patton, Tommy Johnson and Son House, all of whom he met and sometimes played with.
            Lead by African American musicologist John Work, John and Alan Lomax discovered Edwards on Stovall Plantation where David was a sharecropper. Work noted that here was "a skilled blues singer and guitarist as well as a clever young man". Thus Edwards was quite extensively recorded for the Library of Congress during two days of July 1942 in Clarksdale. Those recordings show an excellent singer and a very fluent, imaginative fingerpicking guitarist with a more modern approach than most of his local fellow bluesmen.
            Like Muddy Waters and so many others, Honeyboy should have migrate to Chicago and probably he would have started to record a thicker work and maybe become an important name of the post-war Chicago blues. But instead he preferred to drift here and there, working as a field hand a little bit everywhere in the Southern States and playing his music in juke joints and venues. His recorded output during the 1950's is unfortunately quite thin but of a very high quality. He waxed four sides in Texas (only two were issued), one striking version of Sweet Home Chicago in Memphis for Sam Phillips that will stay unissued for decades and even attributed to piano player Albert Williams (!)... When he hit Chicago in 1953, he eventually recorded for the Chess label four titles that Chess didn't issue because they thought Edwards's style was too close to Muddy Waters', which was of course true. Only one (Drop down mama) has been issued on LP, the remainder lays somewhere in the Chess vaults if there still is such a thing today!
            And that's it for his commercial recordings for the African American blues market! Honeyboy will also ne a member of the Aces with Below and the Myers brothers but once again won't record with them. He'll have to make a living outside of music during the 50's and 60's. And when Pete Welding brought him in the studio in 1964 and 1967 for the new public of the Blues Revival, most of the tracks Honeyboy recorded then would stay unissued until the CD years. In 1969, Edwards is part of the Fleetwood Mac's Chess sessions but - guess what - the two titles he takes as a leader will stay once again in the vaults until the 1990's!
            But at last, during the 1980's, Honeyboy's talents will be recognized. Edwards, as an elder witness of the henceforth legendary road that brought the Delta blues to Chicago and as an old partner of Robert Johnson, will record several CD's, be on major festival stages, tour Europe. He even will write in 1997 a gripping autobiography (The world don't owe me nothing) that should be in all blues libraries.
            Honeyboy Edwards died in Chicago on 22 August 2011.
                                                                       Gérard HERZHAFT


HONEYBOY EDWARDS/ Complete Early Recordings
Honeyboy Edwards, vcl/g/hca. Clarksdale, Ms. 20 juillet 1942
01. Spread my raincoat down
02. Chain Gang song 1 (You got to roll)
03. Chain Gang song 2
04. Stagolee
05. Just a spoonful
06. I love my Jelly roll
07. Hellatakin' blues
08. Worried life blues
09. Water Coast blues
10. The Army blues
11. Tear it down rag
Honeyboy Edwards, vcl/g/hca. Clarksdale, Ms. 22 juillet 1942
12. Wind howlin' blues
13. Roamin' and ramblin' blues
Honeyboy Edwards, vcl/g; Thunder Smith, pno. Houston, Tx. 1950
14. Build a cave
15. Who may your regular be?
Honeyboy Edwards, vcl/g; Albert Williams, pno; Joe Willie Wilkins, g; Dickie Houston, dms; James Walker, wbd. Memphis, Tn. 1952
16. Sweet home Chicago
Honeyboy Edwards, vcl/g; Gus Jenkins, pno; Willie Nix, dms. Chicago, Ill. 9 janvier 1953
17. Drop down mama
Honeyboy Edwards, vcl/g; John Lee Henley, hca. Chicago, Ill. 17 mars 1964
18. My baby's gone
19. Angel Child
20. Highway 61
21. Love me over slow
Honeyboy Edwards, vcl/g. Chicago, Ill. 29 juillet 1967
22. Just like Jesse James
23. Sweet home Chicago
24. Blues like showers of rain
25. Long tall woman blues
26. Love me over slow
27. Crawling kingsnake
28. Skin and bones blues
29. Bull cow blues
30. Worryin' woman blues
Honeyboy Edwards, vcl/g Big Walter Horton, hca; Buddy Guy, g; Peter Green, g; Willie Dixon, bs; Mick Fleetwood, dms. Chicago, Ill. 4 janvier 1969
31. My baby's gone
32. Honeyboy blues

jeudi 4 décembre 2014

DELTA BLUES/ Anthology of the blues


DELTA BLUES/ Anthology of the Blues



           Tous les amateurs de blues du monde entier ont une affection particulière pour la région du Delta. Bien que personne nulle part n'en ait jamais apporté le moindre début de preuve - le blues ne serait-il pas bien davantage né parmi les songsters des medicine shows? -, le Delta passe pour avoir été le berceau du blues. Il s'agit d'une bande de terre située au sud de Memphis, entre le fleuve Mississippi et la rivière Yazoo. Ce territoire, paysage plat et désolé sauf dans le nord collineux, espèce de petite plaine alluviale soumise jadis à tous les caprices du fleuve, possède une atmosphère indéfinissable qui a frappé tous les visiteurs. On y hume des odeurs exotiques et épicées, proches de certains fonds des îles Caraïbes les plus reculées. Le blues semble baigner l'atmosphère des campagnes et des bourgades.
           Le Delta blues est généralement rythmique, lancinant, hypnotique avec une figure de basse répétitive, souvent sur un seul accord décomposé en boucle. Très peu de ligne mélodique pour des textes singuliers et évocateurs. Plus qu'une histoire bien construite, le bluesman du Delta enfile des "versets flottants", tissant une trame poétique irrésistible. Cela confère à ce type de blues une qualité "ethnique" considérable qui a fasciné des générations de musiciens et d'amateurs. Il faut aussi noter que, même sur un territoire limité comme le Delta, l'unité de style est largement battue en brèche par des particularismes locaux importants. Le Nord de la région, Hill County, a donné naissance à un blues encore plus rythmique et encore moins mélodique avec, d'évidentes survivances des musiques Cherokees (le Delta était un territoire indien jusque dans les années 1880!). Dans la région de Bentonia, c'est un autre type de blues qui a vu le jour, presque entièrement joué en mode mineur, avec une ligne mélodique plus prononcée. On note aussi, dans les premiers enregistrements en provenance du Delta, l'existence de songsters, très influencés par l'old Time Music des nombreux immigrants Scots-Irish adeptes d'un fingerpicking régulier et d'un répertoire presque entièrement composé de folk songs et de pièces du Music Hall: Mississippi John Hurt, Joe Callicott et même, sur certains titres, Charlie Patton!...
          

©Gérard Herzhaft
Napoleon Strickland (né le 1er octobre 1919 à Como (Ms)- † le 21 juillet 2001 à Senatobia (Ms))
est surtout connu pour avoir dirigé un des principaux "fife and drum bands", sortes d'orchestres sans cordes, tambours et flutes, comme on en trouve aussi beaucoup dans les communautés amérindiennes d'Amérique Centrale et du Sud. Mais il était aussi un excellent harmoniciste et guitariste fort influencé par son excellent voisin et ami Fred Mc Dowell. Les titres présentés ici sont pour la plupart inédits et permettent d'apprécier la variété des talents de cet important bluesman du Delta.       

Belton Sutherland (né le 14 février 1909 à Holmes (Ms) - † le 7 octobre 1983 à Camden (Ms)) est un excellent bluesman qui n'a malheureusement été que brièvement enregistré chez lui en 1978.
           Enfin, Avery Brady, né le 25 août 1912 autour de Clarksdale (Ms) a connu plusieurs grands créateurs du Delta blues, en particulier Charlie Patton avant de venir travailler à Chicago durant la guerre. Il n'a jamais été un musicien professionnel, ne jouant que pour ses amis et voisins. Découvert par Pete Welding, Brady a pu démontrer son jeu de guitare original (Poor Kennedy par exemple avec un doigté sur la gamme de Do) et sa capacité à composer des blues originaux tout en restant ancrés dans la tradition. Il avait certainement le potentiel d'enregistrer davantage et de se produire dans les festivals. Il est décédé à Chicago le 4 février 1977.
                                                      Gérard HERZHAFT


           Every blues (and Rock) fan all over the world owes something to the "Delta blues". The Delta - without real evidence in fact - pass often for the true birthplace of the blues. The Delta is a region lately included inside the State of Mississippi, just South of Memphis, where the Mississippi and the Yazoo River form more or less the letter Δ. This territory was for a long time very isolated, frequently flooded and considered unsuitable for cultivation and thus left to the Cherokees and the Choctaws. The Delta was in fact an Indian territory until the 1880's when the new technologies opened it to colonization from other States and transformed this inhospitable land in a rich and fertile ground. The Native Americans were soon considered "colored" people and melted with numerous African Americans who came to work in the fields. And the music itself is the result of those mixed influences.
           The Delta blues is generally rhythmical with very often a modal construction, hypnotic bass figures, floating verses... a music that remains in your head. But of course, even on a limited territory like the Delta, there was much more than one style of blues: if the North Hill Country fits quite well with the aforementioned description, the so called "Bentonia style" is quite different, more melodic. And since the very beginning, recordings coming from this area featured many songsters with a nimble fingerpicking like Mississippi John Hurt, strongly influenced by the music of the many Scots-Irish fiddlers and such who came there from Ulster during the XIXth Century.
           Napoleon Strickland (1st October 1919, Como, Ms - † 21st July 2001, Senatobia, Ms) is mostly known for the recordings he made with his fife and drum band, an ensemble without strings very similar of bands found in Central and South America among Native Americans. Several of those bands were still playing into the 1960's in remote Southern areas. But Napoleon was also a very fine singer, harmonica and guitar player strongly influenced by his neighbour Fred Mc Dowell as can be appreciated here on those mostly unissued titles.
          
Belton Sutherland (14 February 1909 in Holmes, Ms - † 7th October 1983, Camden, Ms) is quite an excellent Delta bluesman who has only been briefly recorded at home.
           Avery Brady, born August, 25th, 1912 around Clarksdale met and knew several "Delta blues founders" like Charlie Patton before going to Chicago for better job opportunities during the war years. Never a professional musician, Brady played mostly for friends and neighbours. He nevertheless was a very original guitar player (Poor Kennedy for instance) and blues composer and was discovered and recorded by Pete Welding in Chicago in the mid-60's. He certainly had much more to give but never found again the path of the studios or the festival stages and died, mostly unknown, in Chicago on February, 4th, 1977.
                                                      Gérard HERZHAFT

NAPOLEON STRICKLAND, vcl/g/hca/d-bow. Como, Ms. 29 août 1978
01. Baby please don't go
02. Black Mattie
03. Diddley Bow medley
04. Louise
05. Rock me all night long
06. Sitting on top of the world
07. Woke up this morning
Napoleon Strickland, vcl/hca. Como, Ms. 20 octobre 1980
08. Banty rooster
09. Cryin' won't make me stay
BELTON SUTHERLAND, vcl/g. Canton, Ms. 3 septembre 1978
10. Belton's blues
11. Got a sleeping
12. I have trouble
13. Kill the old grey mule
AVERY BRADY, vcl/g. Chicago, Ill. 15 may 1964
14. Bad weather
15. City of New Orleans
16. Gangster blues
17. I have a woman
Avery Brady, vcl/g. Chicago, Ill. 5 june 1964
18. Poor Kennedy I
19. Poor Kennedy II
20. Bad weather blues
Avery Brady, vcl/g. Chicago, Ill. march 1965
21. Let me drive your Ford
22. I don't want you no more
23. Gonna let you down
24. Goin' home with my baby
25. Uncle Sam's own ship