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jeudi 20 juillet 2017

IRENE SCRUGGS: The Voice of the Blues

IRENE SCRUGGS: The Voice of the Blues

           
Irene Scruggs est une des meilleures et des plus méconnues des premières chanteuses de blues, gravant plusieurs chefs d'œuvre dont bien sûr le remarquable The voice of the blues.
            Irene naît Nolan(d) (ou peut-être Smith) à Lamont (Ms) dans le comté de Bolivar le 7 décembre 1901 et on ne connaît pas grand chose de son enfance. La pianiste Mary Lou Williams l'a signalée installée à Saint Louis et considérée comme une chanteuse de Vaudeville d'une renommée certaine vers 1919-20. Irene sera d'ailleurs embauchée par des tournées de Vaudeville dans lesquelles elle chante et danse et engrange une forte réputation avec des numéros et des chansons à connotation sexuelle, très osées pour l'époque.
            Cependant, contrairement à la plupart de ses collègues du Vaudeville, les racines rurales de son chant et de sa musique sont très apparentes dès ses premiers enregistrements réalisés à New York en compagnie du pianiste Clarence Williams (qui l'a certainement découverte dans le circuit du Vaudeville et l'a emmenée dans les studios) le 30 avril et 1er mai 1924.
            Il lui faut attendre ensuite le 23 avril 1926 pour enregistrer accompagnée de King Oliver et son orchestre deux de ses compositions qui ont apparemment connu un succès commercial puisqu'elle les réenregistre l'année suivante dans un contexte orchestral très différent. Irene revient alors de façon continue dans les studios les années suivantes, enregistrant sous son nom mais aussi divers pseudonymes (Chocolate Brown, Dixie Nolan) et en compagnie des meilleurs musiciens de blues et de jazz de cette époque: Blind Blake (avec lequel elle se produit sur scène, là aussi en duo "osé"), Lonnie Johnson, Johnny Hodges...
            En août 1930, Irene enregistre sa plus belle séance à Richmond (Indiana) pour le label Gennett. Ces morceaux, d'inspiration très nettement rurale, dégagent une puissance et un feeling dus au chant émouvant et profond de Irene Scruggs ainsi qu'à son guitariste qui utilise avec merveille le slide et qui pourrait être selon certaines sources James
"Kokomo" Arnold.
            Irene tourne et enregistre ensuite avec le pianiste Little Brother Montgomery mais elle abandonne progressivement la scène et la musique pour des raisons inconnues. Et à la fin des années 1930, elle quitte les Etats Unis en compagnie de sa fille Baby Leazar (qui se produisait avec sa mère sur scène dès l'âge de neuf ans) pour s'installer à Paris puis à Londres. Après la guerre, elle participe à plusieurs émissions radiophoniques pour la BBC mais se consacre surtout à manager sa fille, la danseuse Baby Scruggs qui connaît un énorme succès dans les années 1950 avec des spectacles "exotiques" et
sexy.
            Irene Scruggs décède à Trèves en Allemagne le 20 juillet 1981 et son œuvre enregistrée (qui pour elle était sans doute secondaire par rapport à ses performances sur scène) mérite amplement une réévaluation.
                                                                       Gérard HERZHAFT


           
Irene Scruggs is one of the best and unfortunately not very well known among the so-called Female Blues Singers from the 1920's. And she has a much more down home and rural feel that most of her colleagues who came (like her) from the Vaudeville Theatres. She has recorded several deep blues masterpieces like the all-time classic The Voice of the Blues.
            Irene was born probably Nolan(d) (or maybe Smith) in Lamont (Ms), Bolivar County on 7 December 1901. One knows nothing of her childhood. She is first mentioned by jazz pianist Mary Lou Williams as a renowned young singer and dancer at the Saint Louis Vaudeville theatres around 1919-20. Irene will effectively tour the Vaudeville circuit and this is probably where she was noticed by pianist and producer Clarence Williams who gave her her first studio experience on 30 April/ 1st May 1924.
            She has to wait two years to record again (April 1926) this time with two of her own penned blues and backed by no other that King Oliver and his band! She certainly enjoys some commercial success with this record for she records again the two same titles but this time accompanied only by guitar (the great Lonnie Johnson) and piano in a much more mainstream blues feel.
            After that, she will record extensively the following years under her name as well as several nicknames for contractual reasons (Chocolate Brown, Dixie Nolan) backed by some of the best blues musicians of the decade, particularly Blind Blake with whom she toured, sharing the stage as a successful risqué duo!
            And in August 1930 she records her greatest session at Richmond's Indiana studios for the Gennett label. This time the feeling is particularly down home with a powerful moving vocal by Irene and the sublime guitar part (with slide) probably (as some sources declare) played by James "Kokomo" Arnold.
            Irene records a last session with pianist Little Brother Montgomery and she tours the USA with him the following years, reportedly stealing the show with her sexy risqué act. But she progressively gives up music and finally leaves the United States with his young daughter Baby Leazar Scruggs (who danced on stage with her mother since she was nine years old) for Europe, settling in Paris then London. After the war, Irene Scruggs took part of several radio broadcastings, particularly for the BBC but mostly managed her daughter career. Baby Scruggs enjoys an enormous success as a go-go exotic dancer during the 1950's all over Europe.
            Irene Scruggs dies in Trier (Germany) on 20 July 1981 and her recording works (that was for her very secondary to her stage career) certainly deserves a strong revaluation.
                                                                       Gérard HERZHAFT

Irene Scruggs, vcl; Clarence Williams, pno. New York City, 30 April-1 May 1924
01. Everybody's blues
02. Why he left me I don't know
03. Cruel Papa but a good man to have around
04. My daddy's calling me
Irene Scruggs, vcl; King Oliver, crt; Kid Ory, tb; Albert Nicholas, clt/s-sax; Luis Russell, pno; Bud Scott, bjo; Paul Barbarin, dms. Chicago, Ill. 23 April 1926
05. Home town blues
06. Sorrow Valley blues n°1
Irene Scruggs, vcl; Lonnie Johnson, g; DeLoise Searcy, pno. Saint Louis, Mo. 2 May 1927
07. Lonesome Valley blues
08. Sorrow Valley blues n°2
Irene Scruggs, vcl; Johnny Hodges, pno/vcls; g; g. Memphis, Tn. 28 september 1929
09. Worried love I & II
Irene Scruggs, vcl; Blind Blake, g/vcls. Grafton, Wisc. 26-28 May 1930
10. Stingaree man blues
11. Itching heel
12. You've got what I want
13. Cherry Hill blues
14. Married man blues
Irene Scruggs, vcl; prob. James "Kokomo" Arnold, g; Norman Ebron, pno. Richmond, In. 30 August 1930
15. The voice of the blues
16. You've got what I want
17. If you want to give me some
18. My back to the wall
19. Borrowed love n°1
Irene Scruggs, vcl; Little Brother Montgomery, pno. Grafton, Wisc. September 1930
20. Good grinding
21. Borrowed love n°2
22. Must get mine in front
23. Back to the wall


mardi 4 juillet 2017

WHISPERING SMITH


WHISPERING SMITH/ Harmonica from the Swamp


           
Moses Smith est certainement l'harmoniciste le plus original de ceux issus de la mouvance du Swamp blues. Son style direct, carré, puissant laisse place à de nombreuses subtilités et variations qui le différencient nettement de ses concurrents comme Sylvester Buckley, Jimmy Anderson ou Lazy Lester.
            Moses Smith naît le 25 janvier 1932 à Union Church dans le Sud de l'Etat du Mississippi, non loin de Mc Comb. Ses parents sont de très pauvres métayers et Moses est obligé de délaisser l'école pour les aider à joindre les deux bouts. C'est un voisin et ami de la famille, Bill Willard qui lui apprend à jouer de l'harmonica et l'emmène avec lui dans les juke joints où il se produit les week-ends. Bientôt, Smith se passionne pour cet instrument, écoute les disques de John Lee "Sonny Boy" Williamson, Little Walter, Rice Miller, s'aventure à jouer jusqu'à Shreveport où il rencontre Jeff Williamson, un autre harmoniciste de réputation locale qui a lui aussi enregistré sous le sobriquet de "Sonny Boy Williamson" (vrai nom: Edward William Johnson). Il écoute aussi les orchestres de jazz et de R&B locaux, notamment les trompettistes dont il essaie de reproduire le son et la manière avec son harmonica.
            A la mort de ses parents en 1957, Moses Smith quitte le Mississippi pour travailler comme peintre en bâtiment à Baton Rouge. Là, il ne tarde pas à faire connaissance et à jouer avec tous les bluesmen locaux (Arthur Kelley, Tabby Thomas, Silas Hogan, Lightnin' Slim). C'est Slim qui emmène Smith à Crowley et le présente en janvier 1963 au célèbre producteur louisianais Jay D. Miller qui accepte de l'enregistrer. Sa voix est si rauque et puissante que Miller est obligé de faire de nombreux réglages. Comme à son habitude, Miller sort le disque sous un pseudonyme, choisissant – par dérision! – celui de Whispering (celui qui murmure!!!) Smith, parodiant ainsi le nom d'un célèbre héros de western (un roman, un film à succès avec Alan Ladd et une série TV avec Audie Murphy). Mais en 1963, ce type de down home blues que n'enregistre d'ailleurs plus grand monde aux USA, est largement passé de mode auprès des Noirs et les quatre 45t que sort Miller sur Excello se vendent extrêmement mal. D'ailleurs Miller ne les grave qu'à la fin de séances de Silas Hogan ou de Lightnin' Slim auprès de qui Smith remplace désormais Lazy Lester de façon permanente.
            Malgré cela, Smith ne vivra jamais de sa musique, conservant toujours son job en usine. C'est une série de reportages parus dans la revue britannique Blues Unlimited et réalisés en 1969-70 sur le terrain louisianais par John Broven et Terry Pattison (qui interviewent et photographient Moses) qui vont permettre à la carrière musicale de Smith de prendre un nouvel essor. Produits par Pattison, des titres de ce Swamp blues fort prisé des européens (les groupes anglais, Rolling Stones en tête, y ont beaucoup puisé) apparaissent presque en même temps sur deux belles anthologies, Louisiana blues et Swamp blues. Smith qui est le bluesman le plus à son avantage sur ces disques est sollicité pour des concerts, des festivals, des tournées internationales. Il sera notamment sur les scènes françaises et européennes (notamment à Montreux!) en 1972 et 1973 auprès de Lightnin' Slim, marquant tous les auditoires par son style puissant, sa forte présence et son jeu de scène. Il enregistrera plusieurs séances live durant ces tournées.

            Mais c'est dans son fief de Baton Rouge qu'il grave son unique album en vedette, Over easy, malheureusement musicalement assez inégal. Les années suivantes, Smith qui souffre d'alcoolisme chronique a des difficultés à honorer ses engagements et rate plusieurs nouvelles tournées européennes. Mais pris ensuite en main par des producteurs locaux Mike Schirra et Bob Snow sur leur label Sunland, Whispering Smith grave un ultime et excellent 45 t en 1983. Malheureusement, il décède à l'hôpital Earl K. Long de Baton Rouge le 28 avril 1984.
                                                           Gérard HERZHAFT

            Moses Smith is probably the most original harmonica player associated with the so-called "Swamp blues" style from Louisiana. His straightforward and powerful style gives room to numerous subtleties and control range that make him quite different from his excellent peers.
            Moses Smith was born 25th January 1932 at Union Church, Ms, not far from McComb, in a poor sharecroppers' family. A neighbour, the bluesman Bill Willard who enjoys a strong local reputation, teaches how to play the harmonica to the young Moses and soon brings him to play in the local juke joints. Smith listens also a lot to harp blues masters on records (John Lee "Sonny Boy" Williamson) or live during their venues to his area. He thus meets Little Walter, Rice Miller and particularly at Shreveport, the local harp master Jeff "Sonny Boy" Williamson (real name Edward William Johnson) who shows him many tricks. He is also a fan of Jazz Swing, particularly the trumpet players whose sound he tries to emulate with his harmonica, a thing he will always do on his records.
            After his parents' death, Moses comes to live in Baton Rouge where he makes a living as a house painter. In a couple of months he meets and plays with all the local bluesmen (Arthur Kelley, Tabby Thomas, Silas Hogan , Lightnin' Slim) earning a strong reputation as a hard and efficient harp blower. This is Lightnin' Slim who brings Smith to J.D. Miller's Crowley studios in January 1963 for a recording test. Miller records him and issues a first single under the name Whispering Smith mocking the strong hoarse Moses' voice and in reference to a famous western hero played by Alan Ladd and Audie Murphy! Unfortunately, Smith comes a little bit late for enjoying some success with his very down home kind of blues and the four singles that Miller issues on Excello are very low sellers. Anyway, being a "recorded artist" allows Smith to form his own band, playing regularly around Baton Rouge as a leader or the harp man of Lightnin' Slim or Silas Hogan's bands.
            But Moses won't never make a living out of his music and didn't think about it too much at the end of the 1960's. But a series of articles and an interview by John Broven and Terry Pattison in the british leading blues mag Blues Unlimited brings suddenly Smith in the limelight. He then learns that his records are quite well known in Europe through several Excello's anthologies (on Stateside) who are very influential on the British blues groups like the Rolling Stones, the Kinks and such! And Whispering Smith is then featured alongside other Swamp blues masters on two new records Louisiana blues and the double LP Swamp blues where he appears in very fine form.
            From now on, Whispering Smith tours Europe alongside Lightnin' Slim (rediscovered in Detroit!) and appears on top festivals like the AFBF 1972, the Montreaux Blues Festival in Switzerland and Jim Simpson's American Blues Legends. He conquers the European audiences with his powerful harp playing and stage presence. He records several excellent live sessions during those tours. He also finally records his only album under his name for the Excello label, Over Easy.
            The following years are unfortunately marred by Smith's alcoholism, making him to miss record opportunities and overseas tours. At last, thanks to local producers Mike Schirra and Bob Snow, Smith will record a final and excellent 45 for their Sunland label in 1983.
            Moses "Whispering" Smith dies at Earl K. Long's hospital in Baton Rouge 28 April 1984.
                                                           Gérard HERZHAFT

WHISPERING SMITH
The Complete Studio Recordings
CD1
Whispering Smith, vcl/hca; Ulysses Williams, g; Ernest Ambrose, bs; Sammy K. Brown, dms. Crowley, La. janvier 1963
01. Baby left me this morning
02. Mean woman blues
03. Hound dog twist
04. Harmonica twist
05. Don't leave me baby
06. Baby you're mine
07. Please give me one more chance
08. Live Jive
Whispering Smith, vcl/hca; Al Foreman, g; Ulysses Williams, g; Ernest Ambrose, bs; Sammy K. Brown, dms. Crowley, La. janvier 1964
09. I can't take it no more
10. Wake up old maid
Whispering Smith, vcl/hca; Al Foreman, g; Ulysses Williams, g; Ernest Ambrose, bs; Sammy K. Brown, dms. Crowley, La. avril 1964
11. I tried so hard
12. Cryin' blues
Whispering Smith, vcl/hca; Henry Gray, pno; Roy Lee Shepard, g; Clarence Prophet, bs; Samuel Hogan, dms. Baton Rouge, La. 27 avril 1970
13. I love you baby
14. On the dark road crying
Whispering Smith, vcl/hca; Henry Gray, pno; Greg Schaefer, g; Roy Lee Shepard, g; Clarence Prophet, bs; Samuel Hogan, dms. Baton Rouge, La. 12 août 1970
15. Looking the world over
16. A thousand miles from nowhere
17. Deep South Moses
18. Coal black mare

CD2
Whispering Smith, vcl/hca. Baton Rouge, La. 15 août 1970
19. Storm in Texas
20. Baton Rouge breakdown
21. Baby please don't go
Whispering Smith, vcl/hca; Melvin Hill, g. Baton Rouge, La. mai 1972
22. Mojo hand
23. Everybody needs love
24. I've got a sure thing
25. Rock me baby
Whispering Smith, vcl/hca; Melvin Hill, g; Harvey Lexing, g; Bobby Powell, pno; horns; Alfred Lewis, bs; Nolan Smith, dms/perc. Baton Rouge, La. mai 1972
26. What in the world comes over you
27. The way you treat me
28. Don't want no woman
29. Why am I treated so bad?
30. Married man
31. I know you don't love me
32. It's all over
Whispering Smith, vcl/hca; Henry Gray, pno; band. Miami, Fl. 1983
33. Just like a woman
34. Hound dog howl